Mieux vivre sur notre planète et construire son avenir
(charte adoptée par l'Assemblée générale du MNLE le 6 février 2000 à Avermes Allier)
Nous luttons parce que nous aimons la vie, la nature et la beauté du monde ; parce que nous voulons que tous les êtres humains, partout sur la planète, puissent vivre et s'épanouir en harmonie avec leur environnement.
Mais ce minuscule domaine que constitue la biosphère, - dix mètres d'épaisseur de sol nourricier, vingt kilomètres de hauteur atmosphérique, dix kilomètres de profondeur marine - présente des signes de mauvaise santé. Alors qu'il pourrait assurer raisonnablement la subsistance des 6 milliards d'êtres humains - bientôt 8 - qui peuplent la planète, il ne l'assure, en fait, qu'à une partie d'entre eux.
De nouveaux rapports entre sciences, techniques et société
Notre époque est celle d'un accroissement considérable des possibilités
humaines d'action sur les milieux naturels et anthropisés et de très
rapides avancées dans les domaines scientifiques et technologiques
pouvant revêtir des aspects bénéfiques pour l'environnement ou au
contraire constituer d'importantes menaces. Cette situation réclame une
prudence accrue pour que des grands travaux ou de nouvelles techniques
ne soient pas mis en oeuvre sans que leur inocuité vis à vis de l'homme
et de l'environnement ait été suffisamment établie : les principes de
prévention et de précaution doivent être appliqués à tous niveaux. Leur
application nécessite des innovations radicales dans les modes de prise
de décision : ceux-ci doivent évoluer dans le sens de pratiques
démocratiques de plus en plus développées. Mais cette exigence se
heurte au fait que la population n'a généralement pas les moyens de
porter une juste appréciation des risques ou des bienfaits des
évolutions technologiques et que les décisions des Etats, des
institutions internationales et des organismes experts qui les
inspirent, sont soumis aux pressions de puissants groupes d'intérêts
économiques et politiques.
La population doit pouvoir, très en amont des décisions, disposer des
éléments d'information et de moyens d'intervention sur les choix
technologiques, les options d'investissements et d'aménagements. Dans
cette confrontation démocratique elle doit revendiquer le contrôle des
organismes d'expertise, leur évaluation scientifique et une présence
active dans les structures d'information et de concertation.
Les
techniques de la transgénèse illustrent cette situation. La mise en
oeuvre des organismes génétiquement modifiés (OGM), destinés à produire
mieux, nécessite que la population ait une vision claire des enjeux et
des risques et que la communauté scientifique ait pu donner son avis de
manière dégagée des préoccupations mercantiles. Au plan international
le protocole signé à Montréal en janvier 2000 sur les transferts d'OGM
constitue l'une des premières applications du principe de précaution.
Dans cette optique la mobilisation d'associations de terrain et de
réflexion, comme celles qui constituent le MNLE, est nécessaire, et
doit être reconnue, comme outil d'intervention et de débat sur les
problèmes environnementaux auxquels la société est confrontée.
Un
mouvement innovant
Dans un monde complexe, le MNLE s'inscrit dans une perspective de
progrès en s'appuyant sur le développement des connaissances et sur une
démarche scientifique rigoureuse.
Il refuse les stratégies de
régression et agit pour que l'essor contemporain des sciences et des
techniques, nécessaire pour répondre aux besoins des populations, ne
menace pas mais serve l'environnement.
Cette démarche du MNLE constitue
une innovation dans le combat écologique et fait l'originalité de notre
mouvement. Pour agir, le MNLE sensibilise et rassemble, sans exclusive,
tous ceux qui sont confrontés à la dégradation de leur environnement et
veulent améliorer leur cadre de vie, tous ceux qui refusent les
dégradations environnementales planétaires.
Le MNLE est un lieu de
convergence entre le monde du travail et les populations confrontées à
la maîtrise des pollutions domestiques, subissant les pollutions de
toutes sortes, les risques industriels ainsi que les nuisances des
transports. Le MNLE considère que les salariés des entreprises
émettrices de pollution et sources de risques accidentels, qui sont -
ou devraient être - les mieux informés et sont de toute façon les
premiers exposés, ont un rôle irremplaçable à jouer pour la
préservation de l'environnement.
Le MNLE offre à tous un lieu pour :
- s'informer et se former,
- confronter les idées,
- élaborer des
propositions concrètes,
- mener ensemble les actions nécessaires pour les
faire aboutir.
Sur tous les sujets environnementaux, le MNLE revendique
une information complète et accessible : son appropriation par le plus
grand nombre appelle un effort soutenu de formation. Par sa revue "
Naturellement " et sa " Feuille d'Info " ainsi que des stages de
formation, l'animation de débats et l'organisation de colloques, le
MNLE contribue à cet objectif. C'est dans ce but qu'il a créé les
Editions Naturellement.
Une vision planétaire
Les pollutions et les dégradations de l'environnement se généralisent
partout et affectent de façon particulièrement dramatique les pays les
plus pauvres. Sous l'impulsion des états les plus puissants, des
organismes internationaux qui servent de relais à leur politique de
libéralisation (FMI, BM, OMC ... ) et des puissances financières et
économiques transnationales, la recherche du profit et le
productivisme, poursuivis au mépris du long teme, continuent à être la
règle. Ils se conjuguent avec l'ignorance et l'inconscience pour mettre
à mal, par toutes les formes de pollution et de surexploitation, l'air,
l'eau, les terres et des centaines de milliers d'espèces vivantes,
végétales et animales, dont l'espèce humaine ne représente qu'une
récente et plus particulière ramification. La dernière période a permis
de marquer des points : la mise en échec, même provisoire, du projet
d'AMI concocté par l'OCDE, l'opposition grandissante aux effets les
plus néfastes des grands traités "régionaux" comme l'ALENA, sont des
points d'appui pour la préservation de l'environnement.
Le MNLE se
réjouit que la conjonction des forces démocratiques, progressistes et
écologistes du nord et du sud de la planète ait conduit à l'ajournement
de la conférence de l'OMC de Seattle. Ces luttes doivent se poursuivre.
Il est indispensable que la solidarité et la coopération entre les
peuples se développent sous toutes leurs formes. Les politiques pour la
protection de l'environnement, arrêtées et mises en oeuvre aux plans
local, régional, national, en concertation avec les populations
concernées, doivent faire l'objet de coordinations mondiales avec un
souci de sauvegarde des identités culturelles et de la diversité des
valeurs des patrimoines.
C'est dans cette optique que le MNLE coopèrere
avec les autres Organisations non gouvernementales (les ONG).
Le
développement durable
Il n'y a pas de contradiction irrémédiable entre
développement et préservation de la biosphère.
Le MNLE, favorable à la
notion de " développement durable ", partage les conclusions du rapport
" Notre avenir à tous " de la Commission Mondiale de l'ONU sur
l'environnement et le développement, publié préalablement à la
conférence de Rio de 1992, lorsque celui-ci affirme : " Nous avons le
pouvoir de concilier l'activité humaine et les lois de la nature et de
mener une existence plus heureuse grâce à cette réconciliation...
L'humanité est en mesure de créer un avenir plus prospère, plus juste,
plus sûr... ". Et qu'il ajoute qu'une des conditions de la préservation
de l'environnement et de la maîtrise de la croissance démographique est
le développement économique des pays les plus pauvres.
Actif pour
diffuser ce rapport, le MNLE a participé à la conférence de Rio. Il
milite pour la mise en oeuvre des actions prévues pour le 2 1ème siècle
(Agenda 21) et celles exigées par les conventions mondiales sur le
changement climatique, la protection de la biodiversité, la protection
des forêts et la lutte contre la désertification. Les pollutions n'ont
pas de frontière : les organisations régionales (Union européenne,
commissions régionales des Nations-Unies) et mondiales (ONU et agences
ou programmes spécialisés des Nations-Unies) doivent intégrer la notion
de développement durable à toutes leurs activités. Les mécanismes de
financement des problèmes globaux d'environnement (préservation de la
biodiversité, protection de la couche d'ozone, protection des océans,
prévention des changements climatiques) doivent être efficaces et
adaptés aux besoins.
La toute puissance du FMI, de la Banque mondiale
et de l'OMC doit être remise en cause. La dette des pays pauvres à
l'égard des pays riches est un obstacle majeur sur la voie du
"développement durable" : elle doit être reconsidérée. La réforme
démocratique de l'ONU et l'octroi de moyens financiers nouveaux sont
indispensables. Le MNLE affirme que ni les écotaxes, ni l'organisation
d'un marché mondial de la pollution, ne peuvent apporter de solution
satisfaisante et durable.
La biodiversité
C'est dans les pays les plus
pauvres que les ressources de la biodiversité planétaire sont les plus
importantes et aussi les plus menacées par le contexte démographique et
l'état de dépendance économique qui pousse à la surexploitation de la
nature par des moyens souvent inadaptés.
Des règles internationales
doivent être établies permettant à ces peuples d'exploiter leurs
ressources d'une manière durable tout en faisant cesser le pillage de
celles-ci par les grands groupes multinationaux et en stoppant le
processus de marchandisation du vivant et la privatisation des
patrimoines génétiques.
Les enjeux énergétiques mondiaux
Le MNLE milite
pour la satisfaction des besoins des peuples en énergie. Conscient de
la limitation des ressources fossiles et de leur meilleure valorisation
dans d'autres secteurs que celui de l'énergie, ainsi que de la gravité
des menaces liées aux émissions polluantes dans l'atmosphère du secteur
énergétique (effet de serre, pluies acides, pollutions atmosphériques
urbaines), il agit pour le développement de la maîtrise des
consommations et pour la mise en oeuvre des énergies renouvelables
et/ou n'émettant pas de polluants atmosphériques : nucléaire,
hydraulique, éolien, solaire, etc... Une réflexion associant
scientifiques et populations doit être engagée sur les moyens d'assurer
à terme les besoins énergétiques croissants qui vont devoir, au niveau
mondial, être satisfaits. Compte tenu des graves conséquences des
accidents toujours possibles dans les installations nucléaires, dont
l'accident de Tchernobyl témoigne, des solutions pour atteindre un
niveau toujours plus élevé de sûreté dans la conception des
installations et dans leurs conditions d'exploitation doivent être
recherchées. Toutes les décisions doivent être prises avec le plus
grand degré de démocratie et de transparence. La gestion des déchets
radioactifs doit faire l'objet de recherches soutenues pour aboutir à
des solutions acceptables pour les générations futures.
En matière
énergétique, les pays industriels ont des devoirs envers les pays les
plus pauvres. C'est de les aider à mettre en oeuvre des politiques de
maîtrise de l'énergie, à accéder aux techniques les moins polluantes,
ainsi qu'à l'utilisation la plus propre possible des combustibles
fossiles, sans lesquels, dans l'état actuel de leur technologie, leurs
économies ne pourront se développer. Ceci renforce pour les pays les
plus riches, la nécessité de maîtriser les évolutions de leurs propres
consommations énergétiques et de faire appel à moins de combustibles
fossiles. Cette perspective est le contraire de ce qui a été décidé à
la conférence de Kyoto sous la pression des Etats-Unis : le MNLE
condamne la possibilité des permis négociables et luttera pour que la
France ne s'adonne pas à cette pratique. Il agira, au contraire, pour
que la France aille au-delà des engagements pris à Kyoto de
stabilisation des émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
et adopte une politique continue de réduction de ces émissions.
La Paix
dans le monde
Pour le MNLE, le risque de guerre, et particulièrement de guerre
nucléaire, bactériologique ou chimique, constitue toujours une grave
menace :
dans la dernière période les conflits et les guerres se sont
multipliés, avec leur cortège de désastres environnementaux.
La lutte
pour la paix, partout où elle est menacée, reste donc une dimension
essentielle de nos objectifs. Le MNLE s'associe à ceux qui militent
pour de nouvelles avancées dans cette voie d'autant plus que les
dépenses engagées pour les armes et la recherche militaire constituent
un obstacle majeur sur la voie du " développement durable ". Ces
dépenses doivent être reconverties pour des oeuvres de paix et
notamment pour la recherche et le développement économique soucieux de
la protection de l'environnement.
Une implication nationale, régionale,
locale
Le MNLE lutte pour la solution des problèmes d'environnement dans notre
pays, pour une politique de développement durable, avec les
populations, les salariés des entreprises, les agriculteurs.
C'est par
l'action de tous les jours :
- que la nature (zones humides, paysages,
faune et flore sauvages, qualité des océans, des rivières des lacs et
étangs, des eaux souterraines, qualité de l'air ... ) sera respectée,
mise en valeur et enrichie,
- que le rôle des populations locales et des
travailleurs sera reconnu dans les projets d'aménagement territoriaux,
d'équipements urbains, industriels, touristiques ainsi que dans les
pratiques agricoles,
- qu'à la mise en décharge brute se substituera une
politique de prévention de la génération de déchets et de mise en
oeuvre de filières diversifiées de valorisation et de traitement
adaptées aux conditions régionales,
- qu'une utilisation rationnelle de
l'énergie privilégiera les énergies les moins émettrices de gaz à effet
de serre et de polluants atmosphériques,
- que s'engagera une véritable
mutation du secteur des transports : recul des transports routiers de
marchandises et développement du rail, de la voie d'eau et des
pratiques intermodales, développement des transports en commun et de la
voiture propre, recherches sur les carburants propres, remise en cause
des pavillons de complaisance, exigences de qualité accrues et
renforcement des contrôles pour les transports maritimes et routiers de
matières dangereuses,
- que s'instaurera une politique de l'eau,
cohérente et intégrée, visant à satisfaire les besoins des
consommateurs et la protection des ressources,
- que seront renforcées
les sanctions à l'égard des pollueurs fautifs et qu'évoluera la règle
du "pollueur-payeur " vers une véritable politique de prévention, dans
tous les domaines, y compris au niveau des gênes sonores,
- que dans les
domaines de l'environnement seront préservés et développés les moyens
nécessaires pour assurer aux citoyens des services publics efficaces et
contrôlés démocratiquement,
- que progressera l'ensemble de la
législation concernant l'environnement pour une application concrète et
responsable des principes de prévention et de précaution,
et qu'ainsi
s'amélioreront les conditions de vie et de santé de la population
menacées par les pollutions de l'air, de l'eau et des sols.
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