Contribution du Mouvement National de Lutte pour l’Environnement (MNLE) relatif au projet
TERZEO – Paris, le 06/12/2016

Le fonctionnement de nos sociétés modernes est quasi-exclusivement basé sur le principe d’économie linéaire : une utilisation importante de matière première permettant la production de biens soumis à l’achat, mais dont on se soucie peu de savoir comment ils pourraient être recyclés ou valorisés une fois leur usage terminé.

Ce constat s’applique au marché du bâtiment et des travaux publics. Or, dans ce domaine, la Région Île-de-France est, d’une part, en déficit de matière première et, d’autre part, fortement productrice de déchets (inertes, non dangereux, et dangereux) qui doivent être traités et qui, pour la plupart, sont enfouis en installations de stockage ou servent à combler d’anciennes carrières. La Seine-et-Marne est d’ailleurs à ce titre un exutoire important de ces déchets.

Quelques enjeux du PREDEC (Plan régional de prévention et de gestion des déchets issus de
chantiers du bâtiment et des travaux publics), adopté en juin 2015, sont intéressants à rappeler :

  • Favoriser l’émergence de filières et d’une économie circulaire locale et régionale ;
  • Répondre à l’enjeu croisé du recyclage et de l’approvisionnement en matériaux ;
  • Impliquer la maîtrise d’ouvrage et encourager les bonnes pratiques notamment pour réduire et trier les déchets de chantiers.

Le projet TERZEO développé sur le site de Villenoy répond à ces 3 enjeux. A partir des 200 000 tonnes de terres polluées (dont celles du site d’implantation) ou non, entrant chaque année sur le site, 75% (soit 150 000 tonnes par an) en seront extraites et valorisées. Il s’agit de sables et gravillons qui constitueront une matière première secondaire qui pourra être à nouveau utilisée par l’industrie des travaux publics. Les 25% restant étant traités sur place par enfouissement. C’est ainsi que cette valorisation permettra de réduire de 75% la quantité de déchets produits (destinés aujourd’hui principalement à l’enfouissement), tout en approvisionnant en matière première les chantiers de la Région.

A noter que les 40 000 tonnes (soit les 25% restant) enfouies dans la future installation de stockage de déchets dangereux (ISDD) étant constituée majoritairement de fines argileuses, pourraient aussi faire l’objet, à moyen terme, d’une valorisation matière. Cela nécessite encore un peu de recherche et le développement de filières industrielles correspondantes. A noter que les traces d’hydrocarbures et les pollutions solubles dans l’eau sont traitées. Aucun déchet dangereux extérieur ne peut être directement admis dans l’ISDD. C’est un stockage interne réservé au procédé. Il est donc erroné, voire fallacieux, de réduire le projet TERZEO à un ISDD.

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De plus l’implantation de ce projet est prévue sur un terrain qui est aujourd’hui une friche
industrielle polluée, évitant ainsi l’utilisation de terres agricoles. L’implantation de cette installation s’accompagnera de la dépollution d’une part importante du site, et de son aménagement (ou réaménagement) faunistique et paysager, permettant son intégration paysagère. Cette implantation étant prévue en prenant en compte les richesses faunistiques et floristiques du lieu, en faisant en sorte de les maintenir et de les développer dans l’enceinte de la future installation. C’est ainsi que sur les 60 hectares du site, seule une dizaine sera utilisée pour l’activité industrielle. Le reste étant maintenu en zone naturelle.

Enfin, les impacts potentiels de l’activité sur son environnement sont fortement limités, notamment par les actions mises en place. A titre d’exemple, afin de limiter le trafic routier (qui n’augmente que peu celui déjà présent dans la zone) les camions seront gérés en double fret : ceux qui entreront sur le site pour apporter de la terre polluée repartiront chargés de matériaux valorisés. De même, les eaux du site, quelles qu’elles soient (procédé, eaux de pluie, lixiviats) seront traitées sur place afin de pouvoir être utilisées (notamment) dans le procédé.

Ce projet montre qu’il est possible de gérer autrement les terres polluées ou non, issues des chantiers de la Région en permettant leur valorisation. Le taux de valorisation est fixé aujourd’hui à 75% mais pourrait demain être bien plus important, limitant le traitement aux seuls résidus ultimes ne représentant alors plus que quelques pourcents. C’est cette voie que doivent emprunter les différentes parties prenantes de la gestion des déchets de chantier : entrer dans l’ère de l’économie circulaire et abandonner celle du tout enfouissement. La Région Île-de-France, comme le département de Seine-et-Marne, et donc leurs habitants, ne s’en porteront que mieux.

Par conséquent, le MNLE émet un avis favorable à ce projet novateur, qui inaugure une nouvelle façon de traiter les terres (polluées ou non), et souhaite que l’État et la Région favorisent le développement de ce type d’équipement sur les autres départements d’Île-de-France afin de disposer d’un potentiel de valorisation équilibré sur le territoire régional et pouvant prendre en charge l’ensemble du gisement.

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