Ces dernières décennies, le déchet à conservé la même définition juridique mais la manière dont il est traité a beaucoup évolué sous l’impact de différents facteurs. Les trente glorieuses n’en faisaient pas grand cas. Il était le plus souvent jeté sans précaution particulière. Bien des incinérateurs ne faisaient que le détruire en d’autres déchets. Ceux qui le valorisaient polluaient l’air.

Tout le dispositif a commencé à évoluer dès le début des années 90. Une réglementation de plus en plus sévère a contraint les équipements qui subsistaient à respecter des normes. La moitié du coût  d’un incinérateur est dédié aux traitements des fumées et de l’eau. Les décharges se sont muées en centre de stockage. La méthanisation est apparue. Les déchets industriels dangereux sont enfermés dans du béton. Bref en une dizaine d’années les pollutions de proximité ont été jugulées. Les dioxines  ne font plus la presse. Les coûts  ont augmenté. La vigilance est de rigueur.

Pendant le même temps et sous la pression principale des industries du verre et de l’agro-alimentaire, les déchets d’emballages ont fait l’objet d’une attention spéciale. Elle a bouleversé le rapport entre l’habitant et ses déchets ménagers. Le citoyen y perd souvent son latin. Il suit par civisme. Ce dispositif ne concerne qu’une partie très minoritaire des déchets ménagers. Le consommateur a pris le relais du contribuable.

Pendant la première décennie des années 2000, sous la notion de REP : Responsabilité Élargie du Producteur, sa systémisation a englobé la quasi-totalité des déchets des ménages. La règle du pollueur- payeur a été consacrée par l’Union Européenne comme un des piliers fondateurs d’une société du recyclage. En d’autres termes il s’agissait de vendre une image propre d’une économie productiviste. Les filières du verre et du papier tendent toujours de nous convaincre de l’éternité de leurs stocks de matières.

 

Un bilan rapide

Les moyens hexagonaux de traitement des déchets respectent aujourd’hui généralement leur proximité. Le développement du tri des déchets chez l’habitant et l’entreprise est devenu une quasi-institution, plus ou moins respectée et écoutée. Elle a contribué à crédibiliser une idéologie du « recycler pour sauver la planète »   qui mérite d’être décantée. Car il s’agit aussi de sauver un mode de production-distribution qui à l’origine était basé sur l’emballage perdu. Il s’agit aujourd’hui, à l’heure où les circuits économique de proximité apparaissent comme une bonne solution pour l’agriculture-élevage, de renouer avec une notion qui a beaucoup de mal à s’imposer : la prévention. Certes la production d’ordures ménagères a légèrement diminué ces dernières années pour des raisons encore obscures.  Bravo. Mais le circuit de proximité devrait permettre le réemploi des contenants. C’est sans doute une des clés du succès possible et souhaitable de ces circuits. La société civile doit en prendre l’initiative. Il ne faut pas compter en effet sur les principaux acteurs industriels et agricoles pour faire évoluer le système.

Il faudrait de manière plus générale systématiser les analyses de cycle de vie des emballages, des performances environnementales et économiques des dispositifs territoriaux  de valorisation des déchets de toute nature. On pourrait avoir d’heureuses surprises, par exemple des puits de gaz carbonique.

 

L’économie circulaire

C’est le dernier avatar, peut être heureux, de la notion de recyclage. Ce dernier devait permettre la substitution d’un matériau vierge par de la matière déjà utilisée. Or on s’aperçoit que le cercle est en général non fermé pour deux raisons : la qualité moindre du recyclé (quand il n’y a pas impossibilité,  exemple  des papiers sanitaires), la dépense énergétique résiduelle (le verre recyclé économise moins de la moitié de l’énergie). C’est mieux de recycler mais ce n’est pas forcement la panacée.   C’est nécessaire mais pas suffisant.

La notion d’économie circulaire pourrait permettre d’élargir le champ de vision. Par exemple, si des déchets de papier peuvent trouver une utilisation locale sous forme de gaz après méthanisation et donc se substituer à du gaz fossile (comme carburant par exemple), il y a là un cercle vertueux qui évite des transports : une double utilisation de biomasse, une fois en papier, une autre en carburant.  Il s’agit donc d’envisager, dans une approche territoriale, les échanges de ressources entre l’industrie, l’urbain et l’agriculture-élevage. C’est une nouvelle dimension pour l’utilisation du déchet qui peut entrer en conflit avec les filières traditionnelles.

 

Le compost

L’image du déchet a évolué mais elle reste négative. La conséquence la plus grave, outre le NIMBY toujours vivace, se trouve dans les contraintes réglementaires sur le compostage. La méthanisation ou compostage sur ordures ménagères a fait officiellement les preuves que le produit livré est d’excellente qualité qui n’a pas à rougir de la comparaison avec son homologue issu de collectes sélectives. Mais on peut en faire beaucoup plus et à coût moindre. La qualité est encore améliorable si on procède à une collecte séparée de tous les petits appareils électriques et électroniques et si on supprime l’utilisation des pesticides. Le lobby agro-industriel qui fait du marketing verdi, rejoint il est vrai par l’agriculture biologique pour d’autres raisons, fait barrage sans aucune raison objective à cette filière de valorisation des ordures ménagères. Il y a un intérêt manifeste à disposer d’un fort tonnage de compost voir d’engrais organiques dans une économie circulaire.  Leur épandage massif est une des mesures majeures à prendre tant pour l’action sur l’atténuation du changement climatique que pour l’amélioration des pratiques agricoles. Il ne s’agit pas seulement de retourner du carbone  aux sols mais d’agir favorablement sur les cycles de l’azote, du phosphore et du potassium. Il faudrait par contre interroger de plus près les épandages de boues urbaines. La question principale réside dans les résidus de médicaments trouvés dans les urines et qui peuvent être sources de perturbateurs endocriniens.

François COSSERAT

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